|
|
L'AIDE
AU CALIBRAGE DES PROJETS Principes
pour une méthode de gestion du changement |
||
|
|
I. Critique des conceptions
de conduite du changement II. Approcher la performance
par ses variations III. La théorie de
l'espace de chaînage IV. Un exemple de calibrage de la
gestion d'un hotel V. L'enjeu de la
formulation des performances attendues VI. Esquisse de quatre
familles de calibrage |
|
|
|
|
V. L'ENJEU DE Pour un modèle de
formulation d'une performance attendue Avant de définir un projet, nous avons proposé qu'il importait
avant tout de définir le fonctionnement d'ensemble qui garantit l'atteinte
des performances visées. C'est ce fonctionnement futur d'ensemble qui sera
l'objectif du projet. Nous avons montré que ce fonctionnement futur peut être
déterminé à partir du calibrage induit par les performances attendues. Des performances attendues, il doit donc être possible
de déterminer le ou les calibres, ainsi que leur taille, qui doteront le
projet du maximum de sensibilité perceptive. A partir de ce ou ces calibres,
il sera possible de repérer et construire le ou les objets de gestion qui
deviendront les espaces de chaînage. Il faut, par conséquence, pour définir
le ou les calibres adéquats, disposer de performances attendues correctement
formulées. Cependant, les performances attendues d'un
fonctionnement d'ensemble d'une organisation sont rarement formulées pour
elles-mêmes. Les attentes sont le plus souvent formulées à partir d'actions à
mener, de façon à mettre ces actions en relief. Dans les cas de modifications
importantes, de phases de conception avant la mise en œuvre, de volonté
d'innovation, ces actions sont regroupées en projets. Or les objectifs couramment donnés à ces projets sont
très flous. On connait les différents travers de formulation : - objectif défini par une performance spécialisée - objectifs spécifiques à un fonctionnement d'un moyen - objectifs spécifiques à un type de démarche - objectifs formulées exclusivement par une fonction - objectifs généraux et vagues, car visant le consensus - objectifs volontairement provocateurs, car médiatiques Nous allons donc proposer ici un modèle de formulation d'une performance attendue. Une
performance attendue formulée selon le modèle que nous allons maintenant
identifier, permettra l'identification rapide du ou des calibrages
sous-jacent. Bien sûr, il semble simple de déduire d'une performance attendue
formulée ainsi "18 000 pots à l'heure", un calibrage de temps de
réaction formulé ainsi : "réagir à la minute". Cette simplicité
apparente vient du fait que le calibrage par le temps disponible est l'un des
plus courants. Il y a des calibrages moins évidents. Nos savoirs
familiers autour de "l'eau bout à 100°" Les calibres données aux significations qui concernent
l'entreprises sont peu ou prou connues de l'ensemble des cadres et d'une
grande partie des salariés. Par contre, les membres de l'Education Nationale
seront démunis faute de savoirs généraux sur l'entreprise. Symétriquement, la
plupart des salariés ne comprennent goutte aux logiques administratives qui
régissent l'Education nationale ou les administrations. Aussi nous allons
prendre un phénomène physique familier pour montrer notre utilisation de
savoirs et de raisonnement à l'aide de calibrages généraux. Qui n'a pas fait bouillir de l'eau dans une casserole
chauffée par une cuisinière à gaz ? Soit la convention "l'eau bout à
100°". La convention lie un niveau de température à un changement d'état
de l'eau. On pourra donc dire à partir de cette convention : SI ACTION SUR SUBSTRAT
POUR "valeur" BUT "°"INDICATEUR ALORS RESULTAT. SI "Chauffer" ACTION "de l'eau" SUR
SUBSTRAT POUR "100" BUT
"°"INDICATEUR ALORS RESULTAT "l'eau bout". La convention peut s'analyser ainsi : * "100°"
est une valeur caractéristique lue sur un indicateur que l'on sait être la
température. Pour faire varier la valeur initiale de l'indicateur
température, il faut exercer une action. Derrière la lecture
"100°", il y a donc implicitement une indication de départ + une
action sur "l'eau" + le but que l'indication doit atteindre * "chauffer"
est l'action que l'on sait susceptible d'augmenter la température de l'eau * "bout"
est la nouvelle situation dans laquelle se trouvera "l'eau"
lorsque, nous l'avons appris, la température atteint 100° * "l'eau"
est le substrat sur lequel l'on agit La convention signifie que l'action exercée (chauffer)
atteindra sûrement son résultat moyennant l'atteinte d'une certaine
indication. On mesure la progression de la chaleur sur le thermomètre et non
sur le substrat. L'action s'exerce selon une validation permanente : il faut
que la température progresse vers 100°. Donc la convention établit de façon certaine ou très
probable deux choses : - qu'une action est validée par un type d'indicateur, - qu'un niveau lu sur cet indicateur est indicatif de la
nouvelle situation que l'on voulait atteindre. La règle "SI ... ALORS ..." correspondant à la
convention est un peu plus explicite mais elle s'en tient à une formulation
générale de l'action qui va permettre d'atteindre la valeur qui doit être lue
au final sur l'indicateur. La règle va spécifier en sus de l'indication de
température à atteindre, l'action de à mener : le chauffage de l'eau. Un
échec de la règle peut signifier trois choses : - soit l'action adéquate n'a pas été entreprise, car par
exemple un coup de téléphone nous a amené à entamer un autre cycle d'action
dans une pièce éloignée - soit l'action n'a pas été menée au terme des 100°, et
par exemple cela nous amène à regarder si la bouteille de gaz n'est pas vide - soit l'action a été menée au terme des 100° mais l'eau
ne bout pas Dans les deux cas précédent, on considère comme évident
que "l'eau bout" selon l'action appropriée et la durée nécessaire.
Nous avons acquis à l'école l'incidence particulier d'une action
"chauffer" sur un substrat "eau" au moment où est
atteinte une valeur "100" sur un thermomètre. Pour le troisième cas, il faut faire intervenir le
calibrage général "domaine de gestion". On quitte alors les savoirs
scolaires pour rentrer sur les territoires de la haute technologie. Ici le
"domaine de gestion" du substrat "eau" sait que lorsque
l'eau est pressurisé, la température d'ébullition est modifiée. Par exemple
dans une centrale nucléaire, l'eau bout à 400°. Tirons de cet exemple les quatre familles de calibre : * les "Buts tactiques", ici calibrant
"100 °", * les "Domaines de gestion", ici calibrant
"une cuisine ordinaire, où l'eau bout à 100 °", * les "Démarches d'action" ici calibrant
"chauffer avec une cuisinière à gaz", * les "Substrats" ici calibrant
"l'eau". Un exemple :
"Réduire les frais de gestion de 50 %" Tout débute par la demande faite à un fournisseur de
matériel informatique, par le Directeur Administratif et financier d'une
société d'assurances, de préciser les moyens par lesquels il serait possible
de "réduire les frais de gestion de 50 %". Supposons qu'un projet s'énonce en ces termes : "Réduire les frais de gestion de 50 %" Selon cette formulation, la performance à réaliser est
formulée en terme d'objectif chiffré : "5O%". L'énonciation laisse
supposer que la performance pourra être atteinte par une combinaison d'outils
et d'actions qui n'ont pas à être définis plus avant. Il est évident que dans
ces termes aucun fonctionnement futur d'ensemble ne peut être dessiné. Ce qui nous intéresse est ce qui a conduit notre héros,
le fournisseur informatique à privilégier le redimensionnement du substrat
"frais de gestion". Cela l'a amené à redimensionner ensuite les
actions à mener, ainsi que les acteurs qui les mèneront, puisque
l'informatique ne sera plus, on le verra, le seul vecteur d'action. De fil en
aiguille, d'autres indicateurs sont à utiliser sinon à mettre au point, enfin
les objectifs restent complètement à définir. L'étonnant est que notre héros ait pris cette option
seulement après quelques heures d'entretien, donc en ayant très peu
d'informations sur l'entreprise. Le premier réflexe du consultant a été de considérer la formulation
de l'objectif à atteindre comme approximative. Nous reproduisons ici son
raisonnement : * l'indicateur est : "frais de gestion" * la valeur à atteindre sur cet indicateur est
"50%" * l'action suggérée pour atteindre la valeur-objectif
est ambiguë car le terme de "réduction" définit-il l'action qu'il
envisagé de réaliser ou la lecture du résultat de l'action sur l'indicateur ? Le fournisseur informatique s'est interrogé également
sur la nature de l'action et sur son substrat. De quoi parle-t-il quand le
Directeur Administratif et Financier parle "frais de gestion" ? - l'objet de l'action est l'ensemble des coûts de
matériels, de logiciels et de personnel dont le Directeur Administratif et
Financier a la responsabilité - l'action sera réalisée par une société dont la
compétence ne semble pas faire de doute - l'indicateur est celui qui est utilisé par le
Directeur Administratif et Financier, qui est à la fois le bailleur de fonds
et le responsable du secteur - l'action s'achèvera lorsque le montant des frais de
gestion sera réduit de 50% Selon le Directeur Administratif, tout semble clair.
Pourtant, notre héros estime que rien ne l'assure que le projet sera
pilotable dans la réalité. Le fournisseur informatique s'interroge : "En quoi est-on assuré de réduire les frais de
gestion de 50% ? D'ailleurs est-ce là l'indicateur pertinent pour rendre
compte de l'efficacité de l'implantation de nouveaux matériels et logiciels ?
Les actions à mener sont-elles de nature exclusivement informatiques ? Pourquoi
d'ailleurs se limiter à l'informatique interne et à ne pas s'intéresser à
l'informatique de gestion du réseau de distribution ?" Aussi, le fournisseur cherche à situer les informations
fournies dans une taille particulière parmi toutes les tailles que comporte
des familles de calibres, taille qui pourrait s'appeler "Buts
tactiques" et "Domaines de gestion". Il est effectif que
"50%" est une valeur particulière tout comme les frais de gestion
sont une catégorie particulière de frais. Par rapport à quels calibres et à
quelles tailles de ceux-ci, il serait possible d'apprécier les variations
liées à la performance exigée. Pour le reste, rien ne permet encore de spécifier la
nature de l'action ou des actions qui aboutiraient à une
"réduction", ni la composition des frais en question. Allons voir
ce qui pourrait être le calibre d'un substrat "frais de gestion"
pense le fournisseur. Dans l'incertitude, pourquoi remettre en cause la
parole du Directeur Administratif et Financier alors que comme l'on dit
"étant dans la place, il sait de quoi il parle et ce qu'il est possible
de faire". Pourtant le fournisseur informatique choisit de remettre
en cause la formulation de l'objectif. Il oriente le diagnostic préalable sur
la nature et la composition des frais de gestion en général, ce qui l'amène à
déborder du champ de responsabilité de son interlocuteur privilégié :
"avant de m'engager à proposer telle ou telle action, sur quoi au juste
faut-il agir ?". Le questionnement de notre fournisseur informatique est
permis par le fait qu'il recherche les calibrages sous-jacent à la
performance attendue. La série de questions suivantes que se pose le
fournisseur peut être redistribuée selon les quatre types de calibrage que
nous avons analysé : - "pourquoi
cette valeur de "50 %" en particulier ?" * le calibrage général des "buts tactiques"
demande quelle est la visée tactique qui a fait choisir la valeur symbolique
de "50%" alors que l'on aurait pu éviter le symbolique par une valeur
comme "28,7%". - "qui a
formulé cet objectif ?" * le calibrage général des "domaines de
gestion" souhaite savoir quel est le domaine de gestion à partir duquel
l'énonciation s'est tenue : est-ce en particulier la personne responsable des
frais de gestion qui s'est exprimée ? - "quelles
sont les raisons qui l'ont poussées à formuler cet objectif ? y-a-t-il un
événement particulier qui a été déclencheur ?" - "pourquoi
réduire les frais de gestion en particulier et non d'autres types de frais
?" * le calibrage général des "démarches
d'actions" s'interroge sur l'occurrence particulière que prend ici
l'action "réduire les frais" : pourquoi réduire précisément ces
frais là et pas d'autres ? - "de quoi au
juste se composent les frais de gestion ? s'agit-il de supprimer une part
existante des frais de gestion ou bien d'agir sur les différentes composantes
de ces frais ?" * le calibrage général des "substrats" cherche
à connaître, à partir d'une information sur la composition des frais de
gestion, ce sur quoi précisément l'action de réduction va porter ? Le fournisseur localise la fonction qui énonce le
résultat attendu : ici, c'est le Directeur Administratif et Financier d'une
société d'assurances. A partir de cette localisation à une taille de
fonction, deux autres opérations de calibrage sont menées de façon
privilégiée : 1. La calibrage des frais de gestion de façon générique
sur l'ensemble de la chaîne de production afin de cerner le mieux possible le
"substrat" sur lequel il y a à agir. Les frais de gestion en
général comprennent la gestion de l'entreprise et gestion du réseau de
distribution. Le calibrage générique s'appuie sur un calibrage commun
à toutes les entreprises d'assurances. Ce savoir générique sur leurs clients
est généralement possédé par les fournisseurs informatiques. 2. Le calibrage des frais de gestion effectivement gérés
par le Directeur Administratif et Financier. Les frais de gestion dont le DAF
a la responsabilité porte uniquement sur le personnel interne et les moyens informatiques,
ce qui exclue les frais de gestion liés au réseau de distribution des
produits. A partir de là, le fournisseur peut envisager l'ensemble
des actions possibles à accomplir par le Directeur Administratif et Financier
et reconstituer la formulation implicite de l'action à mener : mettre en
place de nouveaux matériels et logiciels qui, à la fois par leurs coûts et
leur performance permettrait de diminuer notablement la partie informatique
des frais de gestion. Une fois que les différents calibrages sont formulés et
mis en rapport, effectivement il semble possible d'articuler différents
espaces de pilotage du projet. Pour agir sur ce qu'on appellerait les
"frais de gestion étendus au réseau de distribution", on pourrait
concevoir le préalable d'une extension correspondante des pouvoirs du
Directeur Administratif et Financier, ou la création d'une nouvelle entité
distinguant mieux la dimension financière transversale sur l'entreprise et la
distribution. |
||